Revers gagnant

Première ascension de la face sud du Sani Pakkush (6 953 m, Pakistan)

Symon Welfringer & Pierrick Fine

SANI PAKKUSH – KARAKORAM – 2020

Symon Welfringer et Pierrick Fine, membres de la Samaya® Family, reviennent sur leur dernière réalisation au Pakistan. Une réussite qui prend un relief particulier si l’on considère le nombre d’inscrits pour partir à l’automne et finalement le peu d’élus qui auront eu cette chance. En effet, sur les trois expéditions connues de 2020, seulement deux ont atteint le sommet convoité : le Sani Pakkush par Symon Welfringer et Pierrick Fine et le K6 par Jeffrey et Priti Wright avec également l’ouverture d’une nouvelle ligne. Ces deux seules expéditions couronnées de succès étaient équipées par Samaya®.
Samaya® était pressée d’en savoir plus…
 

Comment êtes-vous parvenus à partir en expédition cette année ?

Symon Welfringer (S.W.) : A l’automne, j’essaie toujours de partir en expédition : c’est la tradition. Ce moment de l’année est dédié aux grandes ascensions en Himalaya. Cette saison, nous voulions aller au Népal, mais la pandémie en a décidé autrement. Nous avons été obligés de modifier nos plans en urgence deux semaines avant notre départ. Le choix était réduit. Le seul pays qui nous ouvrait ses portes était le Pakistan. Une fois la destination validée, nous avons dû trouver un nouvel objectif en très peu de temps. Nous étions à la recherche d’un sommet autour de 7 000 mètres pour parfaire notre expérience de la haute altitude. A grands renforts de « Fatmap » et de « Google Earth », notre regard s’est finalement posé sur le Sani Pakkush qui culmine à 6 953 mètres. Un sommet qui n’avait été atteint qu’une seule fois par une cordée allemande en 1991 et dont l’immense face sud était encore vierge. Cette année, nous n’étions que trois expéditions internationales dans l’Himalaya. En plus du COVID-19, cela s’explique aussi par le fait qu’en automne dans le Karakoram la météo est loin d’être aussi stable qu’au Népal. Quant au froid et à l’hiver, ils peuvent s’inviter plus tôt que prévu. Encore plus que d’habitude, nous sommes partis dans cette aventure avec pas mal d’incertitudes !


Pierrick Fine (P.F.) : A la base, Symon et moi étions dans deux équipes françaises distinctes, avec bien sûr des objectifs d’ascensions différents. Ces deux équipes voulaient partir en Himalaya. Le Népal a finalement fermé ses portes et nous a imposé de revoir notre copie. Nous nous sommes tous contactés mutuellement, pour essayer de rebondir, reformer de nouvelles cordées et tenter de partir. Finalement, certains de nos compagnons n’ont pas voulu prendre le risque d’un possible échec lié à une météo pakistanaise aléatoire en automne. Les autres ont été rattrapés par des contingences familiales. Nous nous sommes finalement retrouvés avec Symon, à être les deux seuls à vouloir tenter un « coup de poker » !

 

Est-ce que votre choix a été le bon ?

S.W. : En choisissant le massif du Batura, nous cherchions une forme d’isolement. A notre arrivée, par chance, les conditions de neige et de mixte de la face sud étaient plutôt bonnes. Nous avions en amont repéré plusieurs lignes logiques, mais en observant les « mouvements » de la montagne, nous avons assez vite laissé tomber l’option de l’éperon central. Pas totalement protégé des chutes de séracs, il nous aurait de toute façon demandé beaucoup trop de temps. Nous nous sommes donc concentrés sur une ligne réalisable en style alpin, à gravir en « one push », afin de profiter au maximum des courts créneaux météo qu’offre le Pakistan. Nous étions également à la recherche d’une ligne qui soit protégée des risques objectifs (avalanches et chutes de glace). Dès que possible, nous nous sommes consacrés à l’acclimatation. Bien qu’efficace, elle n’a pas pu être optimale car les sommets accessibles autour de notre camp de base ne culminaient qu’à 5 400 mètres maximum. Au premier créneau météo favorable, nous sommes partis dans la face.


P.F. : Avant de partir, nous avions imaginé des plans A, mais aussi B, C et même D. Pour moi, l’agilité fait partie de la pratique de l’alpinisme : cette adaptation est inhérente à la montagne et c’est elle qui impose les règles. Le choix de notre ligne s’est fait en fonction de la sécurité et du thermomètre. En effet, dès notre arrivée au camp de base, il faisait déjà froid. Finalement, les conditions de la montagne mais aussi la météo ont été bonnes. C’est la deuxième fois que Symon me « bluffe » avec ses prévisions météos. La première fois, au « Pic Sans Nom », il avait annoncé avec sa « casquette » de prévisionniste qu’à 8 heures du matin le vent cesserait. Entre 7 et 8 heures, nous sommes passés de la tempête au calme plat, le tout avec une précision déconcertante. Pour le Pakistan, il avait repéré avant notre départ le passage d’une grosse dépression, sorte de mousson qui augurait d’un vrai créneau de beau temps pour la suite. Là encore, ça a marché !


Ce qui est beau et un peu effrayant avec ce type d’expéditions couronnées de succès, c’est qu’en plus d’avoir envie de recommencer, nous sommes maintenant tentés d’aller plus haut et d’augmenter l’inclinaison de quelques degrés.

Symon Welfringer
 

Comment s’est déroulée l’ascension ?

S.W. : Nous sommes partis très tôt le premier jour pour éviter de trop « brasser » de neige dans les pentes du bas. Très vite, nous nous sommes rendu compte que les conditions de neige et de glace étaient excellentes. Nous étions au bon endroit, au bon moment et avec la bonne stratégie. Notre choix de matériel de progression était aussi optimal, ni trop, ni trop peu, pour faire face aux sept longueurs techniques parfois verticales qui nous attendaient. Très vite, nous avons renoncé aux réveils trop matinaux sans soleil. Les amplitudes de températures étaient extrêmes, oscillant entre des nuits glaciales avec du -30°C au thermomètre et du +20°C à l’intérieur de la tente en pleine après-midi. Sans soleil, nous fonctionnions au ralenti et sans aucune efficacité. Nous avons donc vite revu l’heure du réveil à la hausse. Une autre problématique à laquelle nous avons dû faire face résidait dans les bivouacs et leurs emplacements pas toujours optimaux. Dans cette face de 2 500 mètres, en partie en neige, nous nous attendions à plus d’options. Nous avons profité d’une seule nuit confortable sur les quatre. Avec le froid et les pieds dans le vide, certaines nuits n’ont pas été très réparatrices. Mais même avec un seul arceau, notre tente d’assaut a pleinement rempli sa fonction. Il aura fallu attendre le dernier bivouac à 6 400 mètres pour bénéficier d’un peu de confort. Le lendemain, après une nuit correcte, nous avons fait le choix de partir en mode léger et rapide en direction du sommet. Ralentis par la neige profonde et l’altitude, il nous aura fallu puiser au plus profond de nous-mêmes pour nous dresser en équilibre sur la crête de nos rêves. Au sommet, nous avons trouvé ce que nous sommes venus chercher, un mélange d’émotion et de larmes givrées.


P.F. : Pour moi, il y a eu quatre faits marquants. Le premier, plutôt effrayant, c’est l’énorme « spindrift » qui nous a percuté dans la première longueur. Dès les premiers rayons du soleil, la face se purgeait ; au cœur du couloir, nous étions exposés. Cette petite avalanche a déchiré le sac à dos de Symon et a bien failli mettre un coup d’arrêt à l’ascension. Le second, c’est le deuxième bivouac en mode « survie » auquel nous avons dû nous adapter. Symon était assis sur une pierre, les pieds dans le vide, avec la tente comme abri de fortune. Quant à moi, je me suis débrouillé en mode hamac, à la belle étoile et soutenu uniquement par un petit faisceau de sangles, du « fait maison ». Cette nuit nous a coûté cher en termes de fatigue et de froid. Le lendemain, après à peine deux heures de grimpe, nous nous sommes arrêtés pour nous reposer et nous réchauffer. Le troisième est un souvenir heureux. Je revois encore Symon plein d’enthousiasme dans une longueur de glace incroyable qu’il a gravi en tête au cours du deuxième jour d’ascension. Son enthousiasme était vraiment communicatif. En quatrième et dernier, je garderai encore longtemps en tête l’image de ces immenses murs de champignons de neige à travers lesquels il a fallu nous faufiler sur l’arête sommitale. Cette chevauchée fantastique en forme de montagnes russes, associée à une vue imprenable sur les deux vallées que notre arête séparait, reste parmi les souvenirs marquants de notre périple.


 

Quels rôles ont respectivement joué vos deux tentes de camp de base et d’assaut durant cette expédition ?


S.W. : Au camp de base, nous avons été confrontés à une mauvaise météo avec d’importantes quantités de neige. La Samaya BASECAMP de la gamme 8K a parfaitement rempli son office. Très honnêtement, je n’ai pas grand-chose à redire concernant cette tente de 3-4 places qui nous a impressionnés par ses qualités techniques et ses finitions. A mon sens, aucun modèle et aucune marque ne pourrait la concurrencer. A deux et avec une abside chacun, nous étions plus qu’à l’aise. La Samaya ASSAUT2 de la gamme ULTRA a joué un rôle important. Cette tente entièrement en Dyneema® était notre seul refuge entre le camp de base et le sommet. Avec Pierrick, nous avons également été impressionnés par cette tente avec une absence quasi-totale de condensation et une conception de grande qualité. Malgré un montage partiel avec un seul arceau sur certains bivouacs, la sollicitation sur les points d’ancrage et l’abrasion des rochers sur le sol, la tente a vraiment bien résisté. A moins d’un kilogramme, c’est juste incroyable.


P.F. : Dans la Samaya BASECAMP, nous avons toujours été au sec. Les nombreux accessoires et rangements me faisaient parfois penser à une chambre aménagée, même si là, nous n’avions ni armoire, ni commode ! Dans la Samaya ASSAUT2 ULTRA, nous nous sommes presque tout le temps servis de la sangle de sécurité. Là encore, il me semble que, même à 8 000 mètres d’altitude, je ne me passerai pas de l’accessoirisation et des larges poches latérales.

C’est quand qu’on repart ? Je suis bien motivé pour aller voir un peu plus haut, au-delà de 7 000 mètres. Mais avant de grimper à ces altitudes dans des faces techniques, j’irais bien tester mes capacités dans un terrain plus haut mais aussi plus facile, pourquoi pas aux alentours de 8 000 mètres.

Pierrick Fine
 

 

La naissance d’une nouvelle cordée ?

S.W. : Je connaissais déjà Pierrick avant de partir. Nous avions eu la chance de partager une expédition au Pakistan il y a deux ans avec Antoine Rolle et Aurélien Vaissière. Pierrick est doté d’un « gros moteur » et d’une endurance hors norme. Sur l’arête sommitale, confronté à l’altitude, c’est lui qui traçait face au vent dans la neige fraîche. Durant toute l’ascension, il savait qu’il pouvait compter sur ma motivation sans faille et mes qualités techniques de grimpeur, quel que soit le terrain. Notre cordée fonctionne très bien car nous sommes complémentaires et partageons la même vision. J’espère que cette réussite n’est que le début d’une longue série.


P.F. : La première qualité de Symon, c’est son acharnement, sa volonté. Que cela soit en escalade ou en altitude, il ne lâche rien. Ses analyses météo sont aussi un vrai plus dans nos décisions stratégiques. Avec quelques mots d’encouragements, il a la capacité de passer du mode off au mode on avec une grande capacité de remobilisation. De mon côté, je vais être plus constant, tenir peut-être plus longtemps sur la durée, mais quand il n’y a plus de pile, la machine s’arrête.

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